Trou d’air dans l’aérien, les compagnies aériennes confrontées à la montée du Sens écologique

Risque Sociétal

Il y a encore quelques années, l’heure était à l’euphorie générale dans l’aérien.

Compagnies et avionneurs ne juraient que par la croissance et le développement de la capacité des appareils, par l’accroissement du nombre de passagers et l’agrandissement des aéroports. Plus de sièges, plus de puissance, plus de pistes et plus de rentabilité.

L’A380, Notre Dame des Landes, les nouvelles pistes de Roissy Charles de Gaulle (futur aéroport XXL) sont autant de signes de cette course au développement d’un secteur qui se réjouissait d’être enfin sorti du marasme post 11 septembre 2001.

Mais, c’était sans compter sur le facteur sociétal, le petit grain de sable du Sens écologique qui pourrait tout remettre en cause à court et moyen terme. Peut-être trop vite pour que l’avion électrique ne remplace son grand frère aux réacteurs consommateurs de ce bon vieux kérozène.

Car aujourd’hui, l’avion ne fait plus rêver. Au contraire, user de ce mode de transport serait devenu honteux car beaucoup trop polluant et contraire au Développement Durable. En effet, si dans les années soixante l’aérien représentait l’aventure et la liberté, il est aujourd’hui synonyme de pollution, de massification du tourisme, symptômes d’un capitalisme échappant à tout contrôle. C’est en tous cas le message du mouvement flygskam (« honte de prendre l’avion ») qui prône le recours à d’autres formes de transport au non de la préservation de l’environnement.

On assiste ici à l’un des effets de la perte de sens de ce mode de transport et à son incapacité à renouveler sa proposition de valeur et de modèle pour répondre aux attentes sociétales en matière d’écologie et de Développement durable. 

Ainsi, la montée du « Sens écologique », à savoir la prise en compte du capital environnemental comme un Bien commun à préserver sous peine de dégradation des conditions de vie présentes et à venir induit de plus en plus de comportements chez les consommateurs. Ceux-ci tendent à délaisser l’avion au profit de modes de transport plus doux pour les courts trajets et l’on observerait même une forme de renoncement aux vols longs courriers.

Si le phénomène ne s’est pas encore massifié, le problème est pris très au sérieux par l’IATA. A juste titre, car c’est tout le secteur, compagnie, voyagistes et bientôt avionneurs qui est ainsi exposé à cette forme émergente de risque sociétal. Le transport aérien devenant contraire aux valeurs écologiques, son acceptabilité sociale est en baisse avec pour conséquence première une incapacité des acteurs du secteur à se faire entendre et à moyen terme un véritable risque de perte de parts de marché.

Les compagnies ont beau mettre en avant la très faible part des avions dans les émissions de CO2,  elles sont déjà contestées par des associations écologiques qui apparaissent beaucoup plus légitimes pour évaluer les externalités du transports aériens. C’est l’une des premières conséquence d’une forte exposition au risque sociétal.

Mais, s’il s’agit plus pour le moment d’une perte d’acceptabilité qu’une baisse réelle du besoin de transport aérien, cela pourrait s’avérer particulièrement dommageable à plus long terme. Compagnies aériennes, sociétés de gestion d’aéroport et avionneurs sont dans l’obligation de proposer un autre modèle, plus souhaitable et répondant aux exigences du Sens écologique, sous peine de décrocher très rapidement.

 

Igor Salomon

Créateur de sens - Acceptabilité sociale - Développement local

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